FIGURES DE STYLE
AUTOUR D'UN GROS CORNICHON, D'UN BOCAL, ET DE PETITS OIGNONS
Cette semaine, je lis pour m'amuser un petit recueil
d'articles de Javier Marías, publié chez Gallimard sous
le titre Littérature et fantôme, 2009. Or, voici qu'au
détour d'un papier sur la critique littéraire, l'auteur,
sans se plaindre tout à fait (mais ça y ressemble un peu
quand même), nous rappelle que l'écrivain est parfois soumis
à des attaques lancées par de drôles de zozos. Voici
par exemple de terribles puristes pour lesquels bien des transgressions,
même mineures, et qui pimentent d'ordinaire n'importe quel texte
un peu travaillé, sont d'abord des incorrections... Ha, misère,
il fallait écrire platement !
Javier Marías énumère ensuite quelques-unes de ces
horreurs à cause desquelles l'esprit libre s'attire les foudres
des ci-dessus foies séchés (je crois que je viens de prendre
parti). À cette occasion j'ai découvert effaré qu'il
existe des hendiadys et des aposiopèses – je ne savais
pas ! – des catachrèses, et même des hypallages.
Ô puissant bestiaire ! On ne m'avait pas prévenu. Je
n'étais pas au courant. Des pléonasmes et des répétitions,
oui, chacun connaît cela ; mais des anaphores, mais des hypotaxes,
mais des zeugmes, ou zeugma ! Mais des hypallages ! Que le monde
est vaste...
Et donc, sans ces bizarres chimères, nous dit monsieur Marías,
il n'y aurait pas de littérature qui vaille... Terrifié
à l'idée de faire de la littérature ne vallant rien,
inquiet à l'idée de me lancer à faire de l'hyperhypotactique
sans même le savoir, vite, j'ouvris quelques sites dédiés
à ces animaux-là, et entrepris d'essayer de comprendre de
quoi que ça causait.
Très rapidement, devant le virulent défi d'interprétation
de ses mots que représentait à mes yeux la moindre définition
de la plus humble des figures de style qui hantent la langue française,
son écriture et son oralité, il me vint envie de bricoler
un petit manuel d'exercices (le millième au moins, de tous ceux
qui sont dédiés à ce sujet curieux, mais celui-ci
est le mien à moi) avec des exemples. Aussitôt dit, aussitôt
fait. Hop, nouveau fichier, page blanche, doigts frémissants...
Je décidai toutefois de me limiter, pour le sujet de mes expériences,
à une chose bien humble, et à m'y tenir. Pas de baroque !
Voici donc un recueil des différentes figures
de style dont j'ai pu avoir connaissance, recueil qui se présente
sous la forme d'une suite de variations autour d'un seul thème :
un cornichon dans son bocal, sur un lit de petits oignons blancs.
Toutes ne sont pas d'une utilité féroce, mais chacune a
été dotée d'un nom, même les plus improbables.
Voilà bien encore une fois la preuve de l'évidente passion
qu'ont les humains pour les rapports contre-nature avec certains hyménoptères,
et pour l'art du cisaillage de poils en menus morceaux.
Nota bene que les descriptions qui suivent sont
de mon cru, et sont moins des définitions que des interprétations
en language courant des vraies bonnes définitions, lesquelles trônent
dans les endroits sérieux, escortées de mots bien précis
et bien pointus. Toute personne un peu au fait de l'art oratoire hennira
donc de mépris à la lecture de mes babioles, et s'empressera
d'aller voler ailleurs. Adieu, donc, puissants esprits ! Nous autres,
les béotiens de base, serons très contents de pouvoir nous
référer à quelques bonnes pages de moindre excellence
mais bien plus digestes, comme celle-ci :
http://www.espacefrancais.com/style.html
Et je commence...
Allitération :
Répétition de consonnes destinées à être
détectées par le lecteur, qui se retrouve à en avoir
plein la bouche, et ne sait plus ni où il en est ni ce qu'il lit.
Souvent, ce charabia crée du pur galimatias, ou salmigondis.
Six cornichons nichant en corniche chantant en corps face à
six psittacidés perchés postillonnant des psaumes, c'est
le jour et la nuit.
Allusion :
Cette figure consiste à évoquer sans les nommer des personnes,
des lieux, des traits. C'est facilement un jeu, souvent une arme. Ainsi,
d'un démagogue raciste :
Ce soir...
Le haut maître des cornichons,
Qui n'aime les oignons que blancs
Passera à vingt heures tapantes à la télénichons.
Soyez tous devant vos écrans.
Amphigouri :
Galimatias, ratatouille, salade de n'importe quoi. Quand on veut être
obscur, un peu comique, bizarre ou tout simplement spectaculaire à
lire, on doit faire un amphigouri. Mais un bon spécimen est chose
malaisée à commettre. Trop clair, il est raté ;
trop obscur, on l'abandonne.
Au bocal, noyés dans les oignons, rôdent, verts cachalots
aérostats, les vastes cornichons, dirigeables au milieu des montgolfières.
Tournez manège, passent les petites boules, et la fortune, en l'espèce
d'un brillant ustensile ou d'une méchante paire de bâtons,
s'en vient saisir un lauréat. L'espace s'agrandit. Les perdants
respirent, les aulxs pleurent un peu.
C'est à peine lisible ! Mais encore un peu trop tout de même,
me dit-on.
Anacoluthe :
Il n'est pas toujours utile de tout écrire. L'économie d'un
ou deux mots, en allégeant une phrase, la rend parfois plus agréable
à lire.
Je vis, dans un bocal, un cornichon géant. Aussi des oignons
blancs.
Au lieu de : Je vis aussi des oignons blancs.
Anadiplose :
Afin de marquer une liaison entre deux propositions, l'anadiplose recopie
la fin de la première au début de la seconde.
Dieu créa le ciel et les étoiles ; les étoiles
firent les molécules ; les molécules créèrent
la Vie ; la Vie voulut des cornichons, et les cornichons des oignons.
Voilà pourquoi nous autres, petits oignons, servons les cornichons
nos maîtres.
Anaphore :
C'est le mot savant pour dire « répétition ».
Il s'agit de commencer chaque phrase ou groupe de phrases par un même
mot ou ensemble de mots.
Au large, les morceaux de céleri !
Au large, les bouts de carottes, les brins de machin, les petits chichis.
Pour les cornichons il faut du simple, du puissant, du qui pique !
Pour les cornichons, il faut du poivron, de l'ail et des oignons.
Anastrophe :
C'est une espèce d'inversion, destinée à souligner
un aspect de la phrase. Chrétien de Troyes, Rabelais, sont truffés
d'anastrophes.
Onques ne vist-on plus meschiant correnichon qu'iceluy qui céans
se tenoit, et nous narregousioit depuis son boucal, hors de peine et tout
en seureté, et nous jectoit encor aulcuns petits oingnuns blans
qui nous meirent en grande affliction de ne pouvoir tirer merci de cette
malecourge.
Antanaclase :
Je répète un mot en lui affectant un de ses autres sens.
Qui n'aime pas les cornichons n'en est qu'un gros, de cornichon.
On peut aussi faire des antanaclases elliptiques (voir à « Ellipse ») :
Qui n'aime pas les cornichons n'en est qu'un gros.
Antiphrase :
Dans l'intention d'affirmer une chose, j'exprime sournoisement son contraire.
Personne n'est dupe, mais on ne peut m'accuser, puisque je n'ai pas dit
ce que les autres entendent. Je suis innocent, et pourtant haïssable.
Ah, mais, que de cris pour trois malheureux cornichons ! Mon dieu
mon dieu, je mérite la mort, c'est évident. Tu ne veux pas
me fouetter ?
Une antiphrase réduite à un mot, c'est une litote :
Ils découvrirent, éberlués, la taille phénoménale,
et, pour ainsi dire, citrouillesque, du fameux cornichon. « Seigneur,
quel squelette ! » s'exclama Théodore qui se mit
à ricaner, croyant avoir fait de l'humour.
Antithèse :
L'antithèse établit une opposition de sens ou de valeur,
simple ou double. Très utilisée chez les moralistes, les
satiristes, les fabulistes, les humoristes, mais aussi chez les anciens
orateurs ou, plus grave, dans l'Almanach Vermot.
Mieux vaut être gros mais fade, que petit et savoureux ;
foi de cornichon.
Mieux vaut être petit et sauf, que gros et harponné ;
foi de cornichon aussi.
Antonomase :
Il s'agit d'utiliser un nom propre, ou une périphrase, en tant
que nom commun. On met ici l'accent sur une particularité importante
du sujet.
« Alors attention, parce qu'il est extrêmement dangereux
de laisser cet individu ici présent tout seul dans un cagibi plein
de conserves : c'est le Don Juan des cornichons, le serial-killer
des concombres, l'Attila des vinaigrettes. Ferme ton placard à
clef, et mange la clef. C'est mon conseil. »
Aposiopèse :
Il n'est point toujours besoin de finir ses phrases.
« Oh, mais alors ! Ce cornichon, si je ne me retenais ! »
Assonance :
Dans une phrase, répétition obstinée d'un son.
Ce cornichon est trop bon, mon ronchon compagnon. Tu fus bien couillon
de dire « non » à ce rond pataton.
Asyndète :
On supprime les connecteurs. Ne restent plus que des bouts de phrase,
que le lecteur collera comme il peut. Cette figure a son utilité.
Alors apparut le bocal. Le contenu tournait encore. On vit passer,
lent carrousel, les petits oignons, le cornichon, d'autres oignons encore.
C'était beau.
Catachrèse :
Dans une catachrèse, on affecte à un mot un sens nouveau.
Une catachrèse réussie n'est pas tirée par les cheveux,
mais tout de même un peu ébouriffante. Quand elle prend bien,
on oublie l'ancêtre, on ne connaît plus que le rejeton. Notre
langue est pleine de mots catachrisés : qui sait encore ce
que fut, jadis, un malotru ? Voici maintenant un idiotisme gastronomique :
« Bon sang mais quel frustre imbécile ! A-t-on
idée d'enfermer un si magnifique spécimen ! Enfin quoi,
un cornichon pareil, mais ça s'expose ! Qu'est-ce que tu as
dans la tête, calamiteuse bourrique ? Car ce n'est pas un cerveau,
c'est impossible ! Un cornichon, c'est ça ?
— Eh oh attention hein ? On reste poli, s'il vous plaît.
Un cornichon...
— Et alors ? Mais oui, un cornichon ! Je veux, un
cornichon ! Ton cerveau, c'est un cornichon ! Aussi placide,
aussi dépourvu d'initiative, avec la nervosité d'une limace !
D'ailleurs, c'est tout toi qui es un cornichon. Cornichon ! Cornichon ! »
Chiasme :
Il faut deux paires de mots ou de groupes de mots, que l'on permutera,
si nécessaire, jusqu'à obtenir une symétrie entre
les paires. Ainsi, au lieu d'avoir (A1, A2) et (B1, B2), on écrira
(A1, A2) et (B2, B1). L'effet peut être bienvenu. Un petit exemple
vaut mieux que ma formule bizarre :
Ayant un concombre pour père, et pour mère une enclume,
J'ai le poil redoutable, et redoutable est mon volume.
Cliché :
C'est l'utilisation, naïve ou paresseuse, d'une formule éculée,
dont le tranchant s'est émoussé par de trop nombreuses utilisations.
Le journalisme est ainsi souvent accablé de clichés, de
formules toutes faites qui durent cinq ans et qui s'épuisent. Mais
elles auront d'abord épuisé le lecteur. Eh oui, rencontrer
un cliché imprimé, c'est toujours déprimant.
Ils étaient serrés comme des sardines en boîte,
comme des cornichons dans un bocal. C'est un cliché, on baille.
L'esprit s'enfuit en gémissant.
Digression :
Le train déraille. Il s'en va cahoter dans les champs, faire un
petit tour à la rivière, puis s'en revient, grimpe au talus
du chemin de fer, et se remet, innocent, sur sa voie, et dans le bon sens ;
tout à fait comme si de rien n'avait été. Mais les
voyageurs, tout secoués, se demandent vraiment où l'on est.
Une bonne digression n'est pas trop longue. Une mauvaise conduit au fond
de la fosse. Démonstration par l'exemple :
Donc ! Après avoir fait bouillir l'eau et le vinaigre,
après avoir inséré les oignons et les quelques herbes
aromatiques que votre recette affirme nécessaires, placez au milieu
du bocal le plus beau de vos cornichons. Vous l'entourerez ensuite avec
des fruits plus petits, plus normaux, mais là, au milieu, il en
faut un qui soit comme un miracle, réjouissant de bonne santé.
Un vrai bouddha, si vous voyez ce que je veux dire. En somme, pas le genre
à décoller... Oui, je dis ça parce que... saviez-vous
qu'il y a des cornichons qui volent ? Si Si ! On en trouve parfois
dans les talus, les friches des zones industrielles, là où
l'on fout la paix aux mauvaises herbes. Ces galopins, quand vient la bonne
saison, s'enfuient dès qu'on les touche : bang ! Les
voilà propulsés dans l'éther par une petite capsule
de gaz qu'ils ont au pied et qui déjà frémit lorsqu'on
s'en approche. C'est alors un jeu sans fin de secouer les buissons, pour
faire bondir les cornichons dans tous les sens, par dessus les haies,
les hangars, et atterrir dans les lointains jardins où ils tourmentent
alors chiens, chats et ménagères, que ces avalanches de
choses vertes et sautillantes insupportent, surtout sur un gazon fraîchement
coupé. Du reste, et je vous le dis comme on me l'a dit, triez bien
vos herbes avant de passer la tondeuse ! Ces petits légumes
sont diaboliques, et vous bousillent une lame de faux aussi vite qu'un
caillou. On appelle ça des concombres explosifs. Boum ! Donc,
lâchés dans un jardin, c'est terrible. La lame, qui passe
là-dessus : gragragrap ! Et paf, elle se tord. Ou même,
il arrive qu'elle se brise, et te fiche des éclats dans le carter.
Du coup, plus de machine ! Vous aurez l'air bête alors, à
porter votre accidentée bricole au garagiste. Où en étais-je ?
Ellipse :
Là, il manque vraiment des mots. Imaginez un pont sans arche ;
il n'y a plus que les piles. Cependant, le récit est passé
d'une rive à l'autre ; il vous revient, pour continuer à
le suivre, de rétablir un tablier. Généralement,
celui-ci est sous-entendu. Toutefois, attention : abondance d'ellipses
donne le tournis.
« Ces oignons ont leur cornichon ; ce cornichon a son
bocal ; ce bocal, son buffet. Très bien ! Mais moi alors,
hein ? Eh bien moi, rien ! Voilà... Donc je me tape
le buffet, le bocal, le cornichon, et tant pis pour les oignons. Ils n'avaient
qu'à ne pas, d'abord ! C'est vrai, quoi... »
Énallage :
Substitution, dans une phrase, d'une forme grammaticale par une autre
du même genre. Ce peut être un temps, un mode, un nom ou un
pronom, un adjectif qui remplace un adverbe (forme assez courante aujourd'hui).
Aujourd'hui je fais gras, je fais gros, je mange sale ! Je m'empiffrerai
d'un cornichon, cauchemar de bestiau, foutue holoturie, qui me bavera
dégueu de partout, mais je m'en fous.
Épiphonème :
Insertion, à des fins de commentaire, d'une petite phrase bien
sentencieuse, proverbiale tout plein, à l'intérieur d'un
discours.
« Occupez-vous de vos oignons, bande de rastaquouères ! »
On voulut raisonner l'irascible. Il se fâcha encore plus ;
il en devint même bête. On lui ravit la clé du buffet.
Il alla chercher un marteau. Il voulait à toute force se bâfrer
ce fichu cornichon. Il brandit son arme... Des sots ne contrariez
jamais la fureur ! Nous lui abandonnâmes son caprice, et
retournâmes à la cuisine.
Épiphore :
Répétition d'un même élément à
la fin de plusieurs phrases ou morceaux de phrases. Une manière
facile de rimailler, comme de faire passer un message.
Il n'y en avait plus qu'un, évidemment.
Et pas le plus gros, évidemment.
Il est question de cornichon, évidemment.
Épiphrase :
Nous voilà proche de la digression. C'est un commentaire, un ajout,
qu'on pourrait enlever sans nuire au sens, mais qui a la vertu, parfois
de le renforcer, parfois de l'enrichir d'une fratrie.
C'était le plus magnifique, le plus glorieux, le plus puissant
(puisqu'après tout, gloire et puissance sont étymologiquement
liées – voyez le mot glaive) des cornichons. Il était
là, dans son bocal, seul comme sont tous les princes.
Éthopée :
Phrase ou ensemble de phrases donnant à sentir le caractère
d'une personne ou d'un groupe, mais ne le décrivant pas. Dominer
l'éthopée, c'est maîtriser un des arts du portrait,
et l'une des bases de la rhétorique.
Il se mit à jeter partout de petits coups d'œil furtifs,
et disserta de ceci, de cela, tâchant d'attirer notre bande de galopins
loin du placard à conserves. Il nous dirigea, pour ce faire, vers
la cuisine, et surtout vers le réfrigérateur, où
reposait apparemment un Pinot Blanc olympien au moins, pur nectar de six
ans d'âge mollement allongé sur un lit de saumon fumé,
qui ne serait que pour nous. Et c'était vrai ! Il nous laissa
tous trois à genoux devant cette merveille, et, prenant au passage
une fourchette, disparut vers le cellier.
Euphémisme :
Atténue le sens d'un mot ou d'une expression en usant d'une autre
tournure, moins douloureuse, moins violente, ou moins vulgaire.
Longtemps pour les cornichons j'eus quelques bontés.
Maintenant je les envoie promener.
Explétion :
À vos souhaits. C'est une maladie de mot. On en rajoute un ou deux
inutilement, qui n'apportent rien, qu'on pourrait enlever et qu'on laisse
pourtant, par souci d'accentuer le trait. C'est tout de même plus
pardonnable qu'un pléonasme.
Un gros gras cornichon, bouffi tout rond, enrobé d'aneth et
d'oignons écrasés.
Figura etymologica :
Si l'on veut faire son intéressant, on assemblera des mots d'origines
diverses mais d'écriture identique. Ce n'est pas une répétition,
aussi les correcteurs ne pourront-ils rien dire. Cependant, c'est souvent
laid. Voir aussi à « Traductio ».
Ce cornichon était si gros qu'il m'en boucha la bouche.
Gradation :
Je dispose des termes, non identiques mais de sens voisins (pléonasme
à l'horizon) en une suite croissante ou décroissante d'intensité.
En outre, je puis, si j'ai l'esprit taquin, briser ma suite par une chute
inattendue, faible dans une gradation croissante, forte dans une gradation
décroissante.
C'était un cornichon bien singulier ; étrange de
grosseur, il défiait l'entendement et toute mesure par une ampleur
monumentale, une envergure proprement vertigineuse. On aurait dit une
courgette, une citrouille verte, un de ces melons fantastiques qu'on aimerait
jeter dans les jeux de quilles ; c'était un monstre qui faisait
songer à la tour Eiffel, au ciel immense, à Dieu.
Harmonie imitative :
Chapelet de sons qui se répètent, dans l'intention, souvent,
d'illustrer un bruit. C'est rarement évident.
Il salivait, balbutiait, glatouillait d'abondance. Sa bouche faisait
des bulles tandis qu'il cherchait, partout, une fourchette. Il venait
de découvrir, solitaire dans un bocal, un énorme cornichon,
visiblement oublié. Pur péché !
Hendiadyn :
Ou hendiadys. Ce procédé rassemble dans un même instant
deux phénomènes qui, dans le temps, se suivent, l'un déterminant
l'autre.
Il vit le cornichon et ses promesses. « Oh ! Délices
et culpabilité ! », s'écria-t-il avant de
foncer, hagard, à la cuisine chercher un ustensile, un alibi.
Homéotéleute :
C'est, très simplement, une suite de mots finissant par un même
phonème. On s'en sert pour s'amuser, pour faire le pitre.
C'était un cornichon gras comme un cruchon, folichon polochon
de la race, assurément, des patachons. Poil aux greluchons.
Hypallage :
On dit une hypallage. Il s'agit d'associer à un mot un terme
qui, raisonnablement, devrait être attribué à un autre
mot, voisin dans la phrase.
Parfois, les hypallages se croisent, comme dans ce premier vers :
Tel cornichon qui s'écrase, réjoui, sur ta langue embellie,
Ne saurait, empiffré de sucs,
Faire le humble, même au milieu des oignons,
De l'aneth, et de ces terribles poivrons,
Dont tu te gaves pourtant.
Évidemment, ce n'est pas tout à fait du Rimbaud, mais l'on
découvre ici une technique permettant d'apporter des sens inattendus
et pas forcément idiots à des phrases qui, autrement, feraient
bâiller. Car si quelque chose, ici, devait être embelli, c'était
évidemment le cornichon, tandis que la langue se serait réjouie.
Mais alors, quelle catastrophe :
Tel embelli cornichon qui s'écrase sur ta langue réjouie...
Bon sang, on se croirait à l'Académie ! Heureusement,
l'hypallage nous sauve. Sentez-vous comme le surréalisme approche ?
Hyperbate :
L'hyperbate accorde du temps au temps. En séparant deux objets
qu'habituellement on considère simultanément (je rappelle
qu'ici, il s'agit d'un cornichon dans un bocal), ce procédé
donne à savourer une progression.
« Mais bon sang qu'avez-vous donc à tourner-virer
devant ce fichu buffet ! Laissez-moi voir ! Et rendez-moi
cette fourchette ! » Il fallut lui laisser la place. Elle ouvrit
le battant. Apparut le royal bocal, et sa majesté le cornichon.
Hyperbole :
Une hyperbole consiste à projeter l'expression d'un objet au-delà
du raisonnable, pour épicer la parole, en faire saillir une intention.
Les hyperboles sont assez faciles à réussir dans le domaine
de l'ironie, mais dangereuses à manipuler partout ailleurs :
on devient vite ridicule à ce jeu-là.
Dans ce bocal trônait un cornichon. Pas deux ni trois ni cinq,
mais un seul, énorme, turgescent, patatoïde, le roi des cornichons.
Une escadrille de petits oignons blancs lui faisait comme une suite, ronds
courtisans blêmes sous le ventre de Sa thonesque Majesté.
Hypotaxe :
Le style hypotactique fait usage de subordonnées en abondance.
Pour un peu, on s'y perdrait ; on parle alors d'hyperhypotaxe
– ce doit être de l'humour.
Alors, ayant enfin trouvé une belle fourchette, qu'il avait
dû chercher par toute la cuisine, ouvrant et fermant au moins huit-cent
tiroirs sans jamais trouver autre chose que des ronds de serviette, des
pinces, des truelles et même des poignées de portes (bon
sang, mais qu'est-ce que des poignées de porte peuvent foutre dans
un tiroir de cuisine), il s'en alla à grand pas vers le sombre
cellier où reposait le buffet à l'intérieur duquel,
selon toute vraisemblance, devait attendre, sublime et transgénique,
le cornichon en son bocal.
Hypotypose :
Quand vous donnez à voir une scène, plutôt qu'à
la lire ; quand vos auditeurs, ou lecteurs, subjugués, s'immergent
dans votre opéra au point que les hurlements d'un téléphone
peineraient à les en sortir, c'est que vous avez pratiqué
sur eux l'hypotypose. Voici, à titre d'exemple et pour changer,
un bocal à cornichons dans lequel une tragédie se prépare :
« L'Arme Suprêêême !!! »
Le cri glaça les sucs de tout le monde. Là haut, le couvercle
venait juste de s'escamoter.
Il y avait d'abord eu, déchirant la triste nuit de notre prison,
cette grande lumière, la fantastique lueur des contrées
d'outre-bocal. Signe terrible, annonciateur toujours d'un nouvel enlèvement,
d'une disparition prochaine. Puis le couvercle, dans un bruit sinistre
qui grondait et résonnait lugubrement, avait lentement tourné
sur lui-même, avant de disparaître d'un seul coup, laissant
place à l'Œil, et à la Fourchette.
Tout de suite, la panique, la débandade. Les oignons commencèrent
à hurler et à s'enfuir dans tous les sens – eux
qui pourtant ne risquent rien, puisque c'est nous, et seulement nous,
nous de toute mémoire, les proies de ce dieu insatiable qui, là-haut,
de son œil sans pitié nous lorgnait, choisissait sa victime...
Alors la Fourchette descendit.
Il n'y avait pas beaucoup de place. Cependant, la peur donne des feuilles,
dit-on. Je me pris à tourner, à ruer moi aussi, terrifié
jusqu'à l'abjection par la lente arrivée du monstre. Et
je n'étais pas le seul : partout, mes frères, dans
de petits dégorgements pitoyables, se pressaient, bousculant les
plus faibles.
Les plus malingres, s'insinuant entre les gros pour filer vers les profondeurs
se cacher dans les herbes, y disputaient un pauvre abri de misère
à trois grains de coriandre et à un petit grelot mutilé
qui, éjecté, pris dans une ascendance, se mettait alors
à tournoyer en spirale au milieu des masses énormes des
grands concombres avant de disparaître, hors de vue.
Du reste, on ne distinguait plus la surface, et le vinaigre, troublé
par les éruptions de bulles des cornichons en fermentation spontanée,
ne laissait plus apercevoir, au milieu des vagues ombres des ramures d'aneth
en suspension, que les ventres de mes congénères en troupeau
paniqué, au milieu desquels apparut, me visant moi, la Fourchette
et ses quatre épées.
Au dernier moment je fis un pet qui me propulsa hors d'atteinte, au milieu
des miens, tandis que, dans un pauvre gargouillis mouillé, un autre
que moi, harponné, raidi soudain par l'intrusion du métal
dans ses chairs, s'élevait et s'évanouissait dans les limbes.
Un autre que moi. Un ami, un bon ami. Mais pas moi. Il pleurait.
Puis le couvercle se referma, la lueur disparut dans un lourd bruit d'orage,
comme un monde qui se replie, et nous fûmes de nouveau plongés
dans le noir, le noir terrible de la tombe, de la prison, et de l'attente.
Kakemphaton :
Ce n'est pas un nom de pharaon, mais un calembour involontaire. Voici
par exemple deux mots, qui, lus l'un après l'autre, en forment
un troisième.
Aux corps nichons, la nuit quand tout dort, fors nous puces et punaises.
Inversion :
Très commune dans l'ancienne poésie, l'inversion consiste
à intervertir l'ordre de deux mots. Par exemple, si l'on met l'adjectif
avant l'objet auquel il se rapporte. On doit en user avec discernement,
au risque de s'enfoncer dans le style amphigourique et calamiteux des
vieux discours.
Ronde patate verte, dans le bocal flottait un poilu cornichon, verruqueux,
gigantesque et seigneurial. Indécent de fraîcheur joufflue.
Barbare.
Litote :
Si l'euphémisme cherche à amoindrir un effet, la litote,
tout en se parant d'humilité, travaille à mettre un peu
d'emphase. Mais l'air de rien.
Ce n'était pas le plus petit des bocaux, ni le plus maigre des
cornichons.
Métaphore :
Cette figure établit une comparaison entre deux objets appartenant
à des champs lexicaux différents. On pense à Cyrano,
évidemment.
Ah, mes amis, vous auriez vu ce cornichon ! Un cachalot, une marmite !
Un vraie méduse grassouillette encapsulée là-dedans
comme un génie obèse ; une pépite de paradis.
J'en étais épouvanté. Vite, une fourchette, par Jupiter !
Avant qu'un autre le trouve, et le dévore peut-être !
Métonymie :
On utilise, pour exprimer l'idée d'un objet, le mot désignant
un objet voisin, contenu dans le même champ lexical, et avec lequel
l'objet qu'on vise entretient par conséquent des relations logiques,
évidentes, archiconnues et faciles à entrevoir (voisinage,
filiation, appartenance, ou, ici, contenance) :
Les oignons, les cornichons, tout avait disparu. « Ah l'enflure !
Il s'est goinfré tout le bocal ! » Mimi n'était
pas contente.
Oxymore :
L'oxymore associe deux termes aux sens divergents, que l'on s'attendrait
à ne pas voir côte à côte tant ils semblent
opposés. L'effet recherché peut être du non-sens,
ou une grande subtilité, ou tout simplement une grosse envie faire
son malin.
Les cornichons, précieuses babioles de nos cuisines, peuvent
à l'occasion sauter par-dessus les sandwiches auxquels on les destine,
et, échappant ainsi à la mort par empoisonnement dans de
la mayonnaise, se réfugiant derrière un lave-linge ou un
réfrigérateur, y gagnent une existence de survie, miteuse
et desséchée mais toujours bonne à prendre, au milieu
des rouleaux de poussière, des miettes de pain, des blattes et
des araignées.
Les précieuses babioles, c'est de l'oxymore.
Paraphrase :
Une paraphrase reprend les éléments d'un texte, en les exprimant
de manière différente. C'est une façon d'amplifier
un message, ou de le reformuler à titre d'exercice. Ce peut être
aussi une maladresse, ou du plagiat.
— Jérôme : Bon Dieu ! Ce cornichon
est un spectacle à lui tout seul ! Quel monument ! Peut-on
le visiter ?
— Le marchand : Que... quoi ?
— Interprète : Il demande s'il peut visiter
ce cornichon spectaculaire. C'est la faim, à mon avis. Ou bien
de la gourmandise...
— Jérôme, outré : Même pas
vrai ! Tout ce que j'ai dit, c'est ceci : 1- ce cornichon est
une splendeur ; 2- j'aimerais l'étudier de près ;
3- puis-je ?
Parataxe :
Style télégraphique, sans éléments de liaisons.
La parataxe est l'ennemie éternelle de l'hypotaxe. On ne se perd
pas, mais on saute d'une phrase à l'autre, comme, au gué,
d'une pierre à l'autre. Il manque une planche.
Il attrapa la fourchette, referma le tiroir d'un coup de pied, partit
en courant. Il traversa la maison. Il touva le cellier, le buffet, la
clé du buffet. Le bocal. Le cornichon. Enfin !
Paronomase :
La paronomase apparie, au sein d'un même ensemble ou peut s'en faut,
deux mots très voisins soit par l'écriture, soit par la
prononciation, mais dont les significations se trouvent être bien
différentes.
« Devinette ! Des cornichons c'est le local ?
— Le bocal ! »
Périphrase :
C'est parler, parler, parler beaucoup en tournillant autour d'un mot,
pour avoir le plaisir suspect de l'évoquer sans l'énoncer.
« C'est un gros fruit qu'on prend d'ordinaire pour un légume,
en forme de dirigeable, poilu et pustuleux, d'allure optimiste et néanmoins
verdâtre, qui flotte, mélancolique, dans un bocal au milieu
d'un nuage de petits oignons blancs, le tout étant resserré
dans le buffet du cellier, chez toi, dans cette maison, ici-même.
On m'a juré que je pourrais le photographier. »
Personnification :
On attribue à un objet inanimé, ou à un animal, des
caractères humains.
Ô vaniteux cornichon qui parades dans ton bouillon,
Tu me regardes de haut, sur ton étagère tu me snobes !
Phébus :
Ellipse qui a mal tourné. On ne saisit plus rien, on soupçonne
le pire, il nous faut imaginer des circonstances pour comprendre l'enchaînement
logique. Ce peut être amusant. Les phébus en liberté
sont assez rares.
Il fonça au bocal, au cornichon, aux toilettes.
Pléonasme :
Si un clou suffit à suspendre votre tableau, et que vous en plantez
huit, on dira que vous abusez. Si vous n'avez besoin que d'un mot pour
être intelligible, et que vous en alignez trois, quatre, cinq, qui
n'apportent rien de neuf : on dira que vous enchaînez les pléonasmes.
Bon, arrêtons de tourner en rond. Tu ne me crois pas, tu penses
que j'affabule ? Eh bien moi je te dis que ce cornichon, je l'ai
vu de mes propres yeux ! Il était géant, énorme,
massif, un vrai menhir ! Une monstruosité pour effrayer les
gens la nuit au fond des bois.
Polyptote :
On répète un mot ou sa racine sous différents sens,
sous différents modes. Il arrive que ce soit élégant,
mais c'est bien rare.
Les cornichons trépassés passent ensuite à la
passoire. Puis on les passera au bocal, dans lequel un aigre vinaigre
ébouillanté achèvera de faire, aux dits trépassés,
passer l'amertume et le goût de l'aventure.
Prétérition :
Ah, voilà une figure bien horripilante ! Il s'agit de dire
ce que l'on a d'abord prétendu taire, ou pire : prétendre
taire ce qu'on a déja dit. Ces petites minauderies sont, il est
inutile de le dire, d'affreux épouvantails. Je les fuis, comme
vous le constatez.
C'était un bocal somptueux, ventru, de la taille d'une barrique
ou presque, et rempli jusqu'au capot d'une profusion de petits oignons
d'un blanc nacré du plus bel effet, sans parler de la plus extraordinairement
gonflée cucurbitacée qui se pût concevoir. Rôdait
ici, en effet, iceberg verdâtre d'une masse déraisonnable,
ennemi des qualificatifs, un cornichon indescriptible qui, pour son malheur,
ayant été détecté par l'un d'entre nous, mourut
broyé sous les molaires dudit. Jérôme, pour ne pas
le nommer.
Prolepse :
C'est prévenir une objection. C'est aussi déplacer un mot,
ou un groupe de mots, pour lui donner du relief.
Vous me direz que j'exagère ; mais c'est que vous ne l'avez
pas vu ! Car, ce cornichon, s'il n'avait été seul dans
son bocal, n'y aurait point tenu.
Pronomination :
Périphrase qui se réduit à exprimer son sujet non
pas en le décrivant exhaustivement, mais en faisant ressortir son
trait le plus reconnaissable, le plus reconnu.
Ami du blanc vynaigre et des oignons grelots,
iI dort, verd sous-marin, au pays des bocaux.
Prosopopée :
À votre santé. Je ne puis causer, mais voilà :
on me fait causer.
Moi, cornichon mirifique, issu du croisement d'une citrouille et d'un
concombre d'ânes, je te le dis en vérité : si
tu me manges, tu auras des ennuis gastriques, des rots, et de traîtres
flatulences. Passe ton chemin !
Suspension :
La suspension ménage, qui l'eût cru, du suspense. On attend
de connaître le fin mot de l'affaire, mais il ne vient pas.
Pierre Bézoukhov n'aurait jamais cru cela possible. Ce qui le
fixait, de l'autre côté de la paroi de verre, ne devait pas
exister. « Natacha, Natacha, est-ce toi ? »
cria-t-il désemparé à son reflet ; mais ni le
reflet ni la chose dans le conteneur ne répondirent.
« Belle pièce, n'est-ce pas ? » Dans son
dos, le jeune prince Kuragin s'était rapproché, et contemplait
d'un air amusé ce qui flottait derrière la vitre.
— Anatole Vassilievitch...
— Oui mon cher ? »
Mais Pierre ne sut comment poursuivre. Le dégoût que lui
inspirait ce dandy sans foi ni conscience lui ôtait en même
temps tous ses moyens. Il resta muet, se détourna, fixa l'aquarium
et ce qu'il contenait. Comment Dieu avait-il pu autoriser la survie d'une
telle créature ?
« Vous ne voulez pas savoir ce qui est arrivé ? »
demanda le prince Anatole. Pierre le regarda, hagard. « Cette
teinte verte... Vous... Pourquoi souriez-vous ?
— Qu'est-ce qui vous a fait dire que c'est Natacha ? »
Mais à ce moment-là, l'opercule intérieur du sas
s'ouvrit. Un technicien apparut, en masque et combinaison. « C'est
l'heure, messieurs. Les visites sont terminées ».
Suite au prochain numéro !
Syllepse :
Redoutable ! La syllepse stylistique associe, au mot sur lequel on
l'applique, non seulement le sens premier, obvie, mais aussi un autre
sens, facile à deviner. Très utilisé pour les grivoiseries.
Oh, mais, quel beau cornichon ! Et comme il semble ferme !
Et ces petits grelots, comme ils sont chou !
Synchise :
Ceci consiste à tout embrouiller d'une phrase, à rajouter
des parenthèses, à les poivrer de digressions assommantes,
de questions stupides, afin que le lecteur se retrouve perdu au fond des
bois.
Peut-on, je vous le demande, d'un cornichon (c'est à dire de
ce qu'il est habituellement convenu de nommer comme tel, parce que là,
tout de même, j'ai un doute – ne s'agirait-il pas plutôt
d'une espèce de pastèque granuleuse avec des poils ?),
envisager, donc, qu'un seul spécimen remplisse, je ne dis pas un
verre à dents – ce qui ne serait déjà
pas mal – mais un bocal tout entier ?
Tautologie :
Une tautologie est toujours vraie. Elle énonce même une évidence
tellement stupide qu'elle noue dérobe à la vue, l'air de
rien, le mensonge qu'elle suggère pourtant. Car une tautologie
manipule ; elle donne à croire. D'un bocal où flotte
un unique cornichon bien gros :
Tout cornichon de ce bocal est garanti géant !
Traductio :
Répétition d'un même mot, mais sous des formes, des
modes différents.
Niché dans un bocal nichant au buffet, voici mon beau concombre.
C'est quoi, tous ces ricanements dans le fond ? Garnements !
Truisme :
C'est une lapalissade. On énonce une évidence comme si c'était
une découverte. Ouah, une porte ouverte ! Vite, enfonçons-la !
Un gros cornichon prend beaucoup de place, tandis qu'un petit n'en
prend pas. Il en va de même avec les oignons, les saucisses, et
jusqu'aux estomacs.
Zeugma :
Qui attelle un bœuf avec un âne cherche les ennuis, ou veut
prendre une photo. C'est pourtant ce que tout écrivain aime à
faire de temps à autre. C'est évidemment pittoresque, riche
de sens, mais alors : quand c'est raté, c'est vraiment raté !
Surtout lorsqu'il n'y a pas d'accord... Voici deux exemples, l'un juste
correct, l'autre bien hideux comme il se doit :
C'était un grand bocal rempli de petits oignons et d'une énorme
promesse verte ; ceux-ci me dégoûtaient, mais celle-là,
ah seigneur, certainement pas !
A.E. Berger
Rennes, avril 2010 |