UN ÉTRANGE SENTIMENTDE DÉJÀ-LU
« En France, on ne sépare pas les
enfants des parents »
Sous le règne de Lord Voldemort, le Ministère de la magie entreprend de ficher tous les sorciers nés-moldus (c'est à dire d'ascendants non-sorciers). Parce qu'il a été « démontré » qu'un moldu ne peut devenir sorcier que par fraude, les sorciers nés-moldus peuvent être légitimement tenus pour condamnables. Un né-moldu étant dès lors stigmatisé comme hors-la-loi, la crainte de la punition le pousse automatiquement dans la clandestinité ; ce qui rend son existence doublement illégale, et le rejette aux marges. Le fichage commence dès l'école. (Harry Potter et les reliques de la mort) Dans le souci d'intercepter les indésirables et
de contrarier les menées de la Rébellion, le Ministère
de la Magie entreprend d'écouter les conversations, en se focalisant
sur certains mots-clés qu'on ne doit plus prononcer, comme par
exemple le nom du Seigneur des ténèbres, qui sert à
piéger les rebelles ; en outre, le Ministère filtre
les déplacements des sorciers en plaçant le réseau
des cheminettes sous surveillance. (ibidem) Dans les trois derniers volumes de la série, il est patent qu'une grande partie de l'opinion est amenée peu à peu à se méfier des médias non officiels, qui sont accusés de faire le jeu des forces de sédition. La montée en puissance de la censure s'accompagne, d'une manière fort prévisible, de la disparition progressive des espaces de libre parole, accusés de toutes sortes de maux (mensonges, rumeurs, délires, exaltation de l'insurrection) ; ceux-ci finissent, dans le dernier opus, par se concentrer dans une espèce de radio pirate parfaitement illégale et totalement, résolument anti-gouvernementale. D'une manière générale, tout citoyen non conforme devient suspect. Se lève sur l'Angleterre un Matin Noir.
Mais en France ? Les choses sont pourtant claires depuis le début.
Déjà, en pleine campagne pour la présidentielle,
Nicolas Sarkozy, répondant à Michel Onfray dans la revue
Philosophie Magazine de mars 2007, affirmait croire en la prépondérance
de l'inné : « J'inclinerais, pour ma part, à
penser que l'on naît pédophile... » a-t-il osé
dire.
Surveiller et punir : Mais qui a rendu Nicolas Sarkozy eugéniste ?
Ses gènes, ou son histoire ? Passons à autre chose.
Le 15 décembre 2008, monsieur Frédéric Lefebvre,
toujours lui et toujours porte-parole, après avoir comparé
la crise économique au crash de 1929, s'appuie hardiment sur ce
monumental précédent pour l'appliquer sans vergogne à
Internet, lieu de toutes les horreurs : « L’absence
de régulation financière a provoqué des faillites.
L’absence de régulation du Net provoque chaque jour des victimes !
Combien faudra-t-il de jeunes filles violées pour que les autorités
réagissent ? Combien faudra-t-il de morts suite à l’absorption
de faux médicaments ? Combien faudra-t-il d’adolescents
manipulés ? Combien faudra-t-il de bombes artisanales explosant
aux quatre coins du monde ? Combien faudra-t-il de créateurs
ruinés par le pillage de leurs œuvres ? Il est temps,
mes chers collègues, que se réunisse un G20 du Net qui décide
de réguler ce mode de communication moderne envahi par toutes les
mafias du monde. C'est le début visible, grotesque et outrancier,
d'une attaque de longue haleine lancée en profondeur dans les territoires
de l'Internet. Le premier étage du missile s'incarnera dans la
loi dite HADOPI, « Création et Internet »,
perçue par ses opposants comme le premier mouvement d'une manœuvre
destinée, sous couvert de protection, à contrôler
par filtrage, mouchardage et tatouage ce qui se dit et ce qui se passe
sur la Toile, au mépris même de la constitution française ;
les deux autres étages étant LOPPSI 1 et 2, Lois d'Orientation
et de Programmation pour la Performance de la Sécurité Intérieure,
où l'on s'attaque, entre bien des choses, à toutes les communications
électroniques de cybercriminels tels que les pédophiles,
bandits, terroristes, sans oublier toutes ces grappes de malfaiteurs notoires
que sont les associations d'aide aux sans-papiers. Les
cibles sont listées ici. « Art. 706-102-4. - Les opérations
prévues à la présente section ne peuvent, à
peine de nullité, avoir un autre objet que la recherche et la constatation
des infractions visées dans les décisions du juge d'instruction. Autrement dit, si, après avoir prétendu chercher une infraction de type A (pédophilie), je ne trouve que des infractions de type B (apporter du pain à des Maliens échoués dans un bois), ce n'est pas grave : ma cible, qui n'est plus A, se mangera quand même une procédure pour avoir fait du B. Non mais !On comprend assez vite que tout internaute raisonnablement actif dans la société civile devient rapidement suspect. Une autocensure s'installe, et tout le monde finit vautré devant une chaine de télé-réalité, pour ne pas avoir d'ennuis. La réflexion : « si tu n'as rien à te reprocher, que voudrais-tu qu'il t'arrive ? » devient la grande phrase du moment. Or, il arrive plein de choses à celles et à
ceux qui n'ont pourtant rien à se reprocher. Il suffit que le gouvernement
change les règles, ou les outrepasse, et vous sautez sans le savoir
dans l'illégalité. Quelques exemples ?D'abord une bouffonnerie :
Nadine Morano, secrétaire d'État à la famille, a
eu le malheur de mentir et d'être convaincue de mensonge sur Dailymotion ;
tout de suite, en commentaires, les noms d'oiseau fusèrent. Parmi
ceux-ci, il y eut un « ouh la menteuse ! »
devenu célèbre car il fut d'abord jugé intolérable,
et valut à son auteure d'être poursuivie en justice pour
insultes à la dame (depuis, l'accusation a été retirée,
mais le mal est fait). En réaction, les internautes, outrés
que l'on vienne lire par dessus leurs épaules, et qu'une constatation
pût être considérée comme une insulte, invitèrent
sur tous les tons ladite Morano à aller se faire voir en bien des
endroits, de toutes sortes de manières peu glorieuses et, pour
le coup, parfaitement insultantes. En conséquence de quoi les assignations
pleuvent aujourd'hui sur les trublions déchaînés,
et chacun s'obstine dans sa vendetta. second exemple : « Sarkozy je te vois ».
Je ne sais pas si l'on connaît cette histoire hors de France, car
elle est un peu ridicule, aussi je la résume ici : sur un
quai de gare, des policiers procédaient à une arrestation
de jeunes ; rien d'extraordinaire en cette époque et dans
ce pays, mais la brusquerie du procédé, les manières
musclées des agents interpellèrent les voyageurs, qui s'attroupèrent
et commencèrent à gronder. Un enseignant, qui passait par
là, voulant désamorcer, dira-t-il plus tard, une situation
qui s'envenimait de seconde en seconde, se mit à scander « Sarkozy,
je te vois ! » deux ou trois fois, ce qui déclencha
l'hilarité chez les spectateurs et fit retomber le soufflé.
Il est passé en jugement ces derniers temps. Le ministère
public a requis contre lui une peine de cent euros d'amende, ce qui, ajoutée
aux frais du procès, lui fera certainement une belle note. Prenant connaissance de cette histoire étonnante,
ma femme et moi pensâmes tout de suite à Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom,
sombre et omnipotent crétin de la saga Potter, dont l'ego
et le ça sont aussi démesurés que ceux de
notre boss, s'il faut en croire ces médisants spécialistes
qui lui cherchaient un surmoi et n'en trouvaient pas (mais une
chroniqueuse d'Arrêt sur Images a découvert que le surmoi
du président, c'était Ségolène Royal !
Ouf, la France est sauvée). Ce jour-là, S****** avait été synonymisé,
ou surnommé, dans environ 1.230.000 pages différentes :
Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom...
Le nom du Prince : Puissance d'une association, quand elle coule de source !
Je découvris, malheureusement pour ma gloire immortelle, que de
mauvais esprits avaient pensé à cette comparaison dès
le 15, soit quatre jour avant mon éclair de génie. Las ! Mais tout n'est pas joué, et bien des choses peuvent encore trouver à se déployer, aussi ne baissons pas la garde. Voici, pour finir, ce qu'en pensent des journalistes suisses, qui trouvent que notre président n'a décidément pas le sens de la mesure (vidéo de 30mn). Il serait temps que les gens pensent, si c'est encore possible, que la série Harry Potter n'est pas uniquement une épaisse collection de contes à l'eau de rose et au jus de citrouille. On n'y apprend pas seulement à conduire des balais ou à concocter des potions à l'odeur douteuse ; on y apprend d'abord aux adolescents ce qu'on ne lit peut-être nulle part ailleurs : à fonder ses actions sur des principes, et à baser ses choix sur une éthique qui en éclaire les conséquences.
Lecture : Note : |